Logo_cdpabtConvention Démocratique des Peuples Africains Branche Togolaise (CDPA-BT)

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Le Premier Secrétaire

Prof. E. Gu-Konu

Article publié en 2003, valable encore en 2015

22 avril 2015 

L’expérience a montré que les partis du courant majoritaire, ceux qui se sont inscrits dans la compétition entre partis d’opposition pour la prise du pouvoir par les élections pendant que le régime autocratique est encore là avec tous ses attributs, n’ont jamais eu le courage politique de tirer les leçons des scrutins passés. Du coup, ils refont toujours les mêmes choses pour les mêmes résultats.

La CDPA-BT avait publié un article en 2003, après les élections présidentielles de cette année-là. Cet article avait pour but d’amener la masse des opposants à réfléchir plus en profondeur sur les problèmes qui se posent régulièrement à l’opposition lors des scrutins présidentiels, et des autres aussi.

La situation qui prévaut dans le pays à la veille de ces élections d’avril 2015 nous parait présenter beaucoup de ressemblances avec celle qui prévalait à la veille des présidentielles de 2003, et des suivantes. C’est pour cette raison que notre parti propose à nouveau ce texte de 2003 à la réflexion de ceux qui le veulent.

Le plus important pour nous aujourd’hui n’est plus ce qui va se passer le 25 avril 2015. Le plus important, c’est comment l’opposition devra mieux s’organiser après ce scrutin pour arriver à instituer la démocratie au Togo dans les plus brefs délais possibles.

Dans un article publié peu avant les élections présidentielles du 1er juin 2003, la CDPA-BT avait recommandé à ses militants de ne pas participer au scrutin. A ceux parmi ses sympathisants et parmi le reste de la population qui se préparaient à aller voter sur l’appel des participationnistes, l’article demandait de bien peser leur décision, car leur vote pouvait permettre à tous ceux qui soutiennent le régime de dire que ces élections sont démocratiques du fait de la participation de partis d’opposition, alors qu’elles ne le sont pas du tout.

Cet article a suscité des réactions diverses, allant de l’approbation à la condamnation sans rémission, avec souvent des propos très durs, souvent tout à fait irrespectueux. Nous avons considéré que ces réactions, quel que soit le ton, qu’elles soient d’approbation ou de désapprobation, participent au débat démocratique qui fait tellement défaut dans la lutte en cours pour le changement, et que la CDPA-BT n’a pas cessé d’appeler de ses vœux jusqu’aujourd’hui. Le Bureau Exécutif National du parti a donc décidé de répondre aux réactions qui lui sont parvenues, non seulement par respect pour ceux qui ont réagi, mais aussi pour alimenter le débat politique.

Nous aurions pu réagir à ces réactions sans attendre. Mais le climat passionné de la campagne électorale et le déroulement du scrutin n’auraient pas permis aux uns et aux autres d’avoir la sérénité indispensable pour débattre de ces problèmes importants avec l’objectivité nécessaire. Nous avons donc préféré répondre après la période électorale.

D’aucun avait pensé que nous ne répondrions pas à ces messages qui nous apportent les réactions. Ne pas répondre traduirait un mépris pour ceux qui nous ont écrit. Nous ne pouvons pas tenir dans le mépris des hommes et des femmes qui se préoccupent des problèmes de la démocratisation du système politique au Togo, quelle que soit la brutalité des propos. Une telle attitude va à l’encontre de nos principes relatifs à la démocratie et au respect de la personne humaine.

Mais ne pas répondre, c’est aussi fermer la porte au débat démocratique que nous avons toujours appelé de nos vœux, et que nous souhaitons le plus large et le plus sincère possible. Mais le débat pour le débat ne nous intéresse pas. Ce que nous aimons et que nous souhaitons, c’est le débat qui permet de rapprocher des points de vue, et permet de créer un climat propice à l’action, et à l’action concertée.

Dans l’impossibilité matérielle de répondre individuellement à tous les messages qui nous sont parvenus, nous regrettons d’être obligés d’apporter une réponse globale. Nous nous efforcerons cependant de ne sacrifier aucun des messages, ni aucune des questions importantes soulevées par leurs auteurs.

1- La question de la candidature unique

Certaines questions soulevées dans les réactions peuvent paraître dépassées du fait que les élections sont passées. C’est le cas par exemple de la question de la candidature unique. Des personnes ont estimé qu’au lieu de boycotter, la CDPA-BT devrait au contraire se battre pour obtenir un candidat unique.

La question de l’union de l’opposition derrière un homme ne date pas d’aujourd’hui. Elle avait été soulevée avant même la conférence nationale, en l’occurrence par la CDPA-BT dans un article paru dans le bulletin d’information du parti, «Notre Démocratie» (N° 5 du 13 juin 1991, P. 4), sous le titre : « Unité de l’opposition ou unité d’action ?»

Dès février 1992, la population n’a pas cessé de réclamer l’union. Elle y croyait par méconnaissance des leaders de l’opposition. Elle ne savait surtout pas que la majorité des partis d’opposition qui venaient de se créer avaient fondé la lutte pour le changement sur la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir tout de suite. La CDPA-BT avait, à plusieurs reprises, mis en garde contre l’illusion d’une union impossible en raison de l’orientation donnée à la lutte et de la déformation de son objectif principal. A plusieurs reprises, elle avait dit qu’à partir du moment où des chefs de partis avaient fondé la lutte pour la démocratie sur la compétition entre partis d’opposition pour le pouvoir, l’union n’était pas réalisable. Elle était allée jusqu’à dire que «ce que 7 partis d’opposition se révèlent incapables de faire parce qu’ils pensent d’abord au pouvoir ou à une parcelle de pouvoir, se concurrencent pour être chacun le premier et sont donc forcément divisés du fait de cette concurrence, « un seul parti peut le faire à condition qu’il soit un parti démocratique, un parti de masse, qu’il se donne une ligne politique juste et qu’il tire sa force d’abord de la force organisée de la masse populaire.»

A travers notre contribution à la création de la CFD et à travers le long chemin que nous avons fait avec les autres leaders de l’opposition, nous savions qu’aucun d’entre eux n’était prêt à s’éclipser au profit d’un candidat unique. Et que chacun d’entre eux est convaincu d’être le mieux placé pour être ce candidat unique. Comment allons-nous nous battre pour obtenir un candidat unique dans ce climat de concurrence et de tromperie où tous les moyens sont bons pour tirer son épingle du jeu ? Quand nous disions que la CFD ne parviendra pas à dégager un candidat unique, on n’a pas cru ; comme d’habitude.

Les faits malheureusement nous ont donné raison à la veille de l’ouverture de la campagne. Au demeurant, la question de la candidature unique est un faux problème. Fallait-il que l’opposition participe à ces élections dans les conditions de son organisation, en permettant en plus au régime et à ses soutiens traditionnels de proclamer sans vergogne que le scrutin était libre et démocratique ? C’est là la vraie question sur laquelle il fallait ouvrir un débat le plus large possible, afin que chaque Togolais puisse se situer et se déterminer en toute connaissance de cause.

2- Les analyses de la CDPA-BT sont justes mais ce parti ne fait rien

Certains ont estimé que nos analyses sont pertinentes pour ce qui concerne les résultats probables, mais que nous ne proposons aucune solution pour sortir de la crise. Nous sommes habitués à ce genre de réaction. Beaucoup ont déjà reconnu que nos analyses sont justes. Ceux qui les trouvent pertinentes comptent donc parmi ceux qui reconnaissent, comme nous l’avons dit, que la politique d’opposition dominante conduite jusqu’à présent par la tendance dominante de l’opposition a fait faillite quant à l’objectif de la fin du régime, et qu’il faut par conséquent une politique alternative d’opposition.

Mais ceux qui reconnaissent la pertinence de nos positions estiment en même temps que nous ne proposons rien, et que nous ne faisons rien. Les Togolais ont toujours confondu la lutte pour la fin du régime et la lutte partisane et concurrentielle pour la prise du pouvoir tout de suite. Les chefs de partis engagés dans la course pour le pouvoir tout de suite ont entretenu et accru la confusion, parce qu’elle permet de faire tout et son contraire à la fois. A tel point qu’au Togo, le parti d’opposition qui refuse de s’engager dans la course au pouvoir est considéré comme n’étant pas un parti politique.

Or, la lutte pour mettre fin au régime despotique et la lutte concurrentielle pour la prise du pouvoir tout de suite sont deux choses différentes. La première est une lutte commune, une lutte collective, une lutte de masse et une lutte solidaire. Elle facilite l’union de l’opposition. La seconde est une lutte partisane, parfois même individuelle, dans tous les cas concurrentielle. Elle rend l’union de l’opposition impossible.

Les deux formes de lutte appellent des politiques d’opposition et des formes d’organisation totalement opposées. La lutte pour la fin du régime fonde la force de l’opposition sur la force de la masse organisée. Elle donne la primauté à l’organisation de la population pour en faire une force politique au lieu de fonder tout l’espoir sur une nébuleuse communauté internationale. Elle donne même la priorité à cette tâche d’organisation sur les élections. Elle fait de cette organisation politique de la population un préalable aux élections. Elle estime en effet qu’organiser la population avant de lui demander de se rendre massivement aux urnes la met en mesure de défendre sa victoire lorsqu’elle vient à être volée par le régime despotique.

La lutte concurrentielle pour le pouvoir tout de suite marginalise forcément la population, parce qu’elle est partisane ou individuelle et concurrentielle. Elle fait tout au plus des masses populaires un bétail électoral. La mobilisation, dont elle parle tant, n’est en réalité qu’une clientélisation des hommes par les leaders politiques pour se constituer chacun un électorat facile. Elle donne la primauté à la communauté internationale, à la négociation à tout prix, au dialogue impossible. Elle rejette par principe la confrontation politique. Elle accorde l’avantage aux élections, quelles qu’en soient les conditions. Elle rejette par principe le boycott d’un scrutin inacceptable. Elle finit ainsi par faire déboucher la lutte pour la fin du régime sur une «démocratie apaisée» destinée en réalité à maintenir le statut quo au profit du régime de dictature.

La CDPA-BT a adopté la première forme de lutte dès le début. Elle estime que la lutte pour la fin du régime est un préalable à tout. Car, elle est convaincue par l’expérience qu’aucun des partis d’opposition ne peut accéder au pouvoir, tant que le régime de dictature demeure en place, contrôle tous les rouages de la vie nationale et affiche si ostensiblement sa détermination de ne pas quitter le pouvoir.

C’est dans la ligne de cette première forme de lutte que la CDPA-BT a fait une série de propositions depuis février 1992. La dernière de ces propositions date de deux ans. C’est celle relative à l’émergence d’une force alternative d’opposition. C’est à cette tâche que notre parti travaille depuis. Et c’est à sa réalisation qu’il appelle la contribution de tous ceux qui reconnaissent maintenant que la politique d’opposition dominante a fait faillite, et qu’il faut nécessairement conduire une autre politique à sa place.

3- La CDPA-BT n’a pas les moyens de la politique qu’elle prône

La question de savoir si nous avons les moyens de cette politique alternative d’opposition que nous proposons pose un problème encore plus complexe. Depuis la fin de la conférence nationale, les Togolais, dans leur immense majorité, ont réagi jusqu’à présent comme si le problème de la démocratisation est un domaine réservé à ceux qui ont créé des partis politiques d’opposition. Une affaire de leaders politiques. Les autres ne sont concernés que de loin, et souvent pas du tout.
Dans un cas comme dans l’autre, on croit qu’ils n’ont rien d’autre à faire que d’attendre, d’observer si possible, de juger, de féliciter ou de condamner, de se fâcher le cas échéant contre tout le monde. On est ainsi persuadé qu’il y a l’opposition d’un côté et la population de l’autre. Tout se passe alors comme si la lutte en cours n’est rien d’autre qu’un match opposant l’équipe Eyadema à l’équipe Opposition, la population tenant le rôle d’un spectateur regardant le jeu des gradins, et libre de dire tout ce que suscite en lui les prestations des joueurs.

Il est vrai que cette situation est le résultat de la politique d’opposition dominante conduite par les leaders engagés dans la course pour le pouvoir tout de suite et à tout prix. Cette politique n’a pas seulement marginalisé la population ; elle a fait croire à la masse de tous ceux qui veulent le changement qu’ils n’ont rien d’autre à faire que d’attendre le jour des élections pour voter massivement quelles que soient les conditions d’organisation du scrutin. Et elle a fait de la mobilisation un processus de clientélisation de l’électorat par des leaders politiques, chacun devant chercher à avoir pour soi le maximum d’électeurs par tous les moyens possibles.

Cette situation n’est pas normale. C’est le signe d’un divorce entre les leaders des partis d’opposition et la population. Elle stérilise la lutte pour la fin du régime. Et elle fait le jeu du pouvoir despotique. Tous ceux qui veulent la fin du régime doivent abandonner leurs positions de spectateurs et de justiciers pour devenir des acteurs de la lutte pour la démocratie. Il faut descendre des gradins ou de la tour d’ivoire pour envahir le terrain massivement. Même ceux qui ne savent pas jouer. C’est en construisant qu’on devient maçon.

Participer à la lutte signifie apporter une contribution concrète pour son avancement. Cette contribution consiste en la réalisation de tâches précises. Elles sont si diverses et si variées que chacun, s’il le veut, peut toujours trouver quelque chose à faire. Cela veut dire qu’il ne revient pas aux seuls responsables de la CDPA-BT, ni aux seuls membres de ce parti de rechercher et de trouver les moyens de réalisation de la politique d’opposition qu’ils proposent à la place de celle qui ne parvient pas à mettre fin au régime de dictature. La politique alternative d’opposition requiert des moyens humains et financiers qui dépassent les capacités de notre parti. Nous n’avons pas honte de l’avouer. C’est pourquoi le parti demande à tous ceux qui trouvent l’idée pertinente d’apporter leur contribution pour sa réalisation.

4- La question du boycott

Beaucoup de réactions se sont élevées contre le boycott prôné par la CDPA-BT. Certains ont justifié leur position en disant simplement qu’on ne boycotte pas les élections ; que le faire, c’est faire la politique de la chaise vide. D’autres ont estimé que nous aurions dû nous battre pour dégager un candidat unique, au lieu de recommander le boycott ; que le boycott est le fruit d’un échec. D’autres encore ont essayé de nous apprendre que le boycott n’affaiblit pas le régime en place ; qu’il vaut mieux aller voter pour amener le régime à tricher. D’autres ont vu dans notre position le signe d’un découragement ; une manière de baisser les bras.

D’autres enfin se sont contentés de nous injurier comme on nous avait injurié en 1998 au sein du groupe des huit quand nous avions préconisé qu’au lieu de nous porter chacun candidat, il valait mieux nous battre ensemble pour modifier la composition de la Cour constitutionnelle et celle de la HAAC (Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication) avant de penser élections. Bien entendu, d’autres réactions ont approuvé notre position en estimant qu’il ne servait à rien d’aller à cette mascarade électorale. Nous respectons tous ces points de vue.

Mais nous pensons que tous ceux qui sont de bonne foi parmi ceux qui se sont élevés contre notre position sont maintenant en mesure de conclure que l’issue déplorable des élections présidentielles du 1er juin a tranché d’elle-même le débat en faveur du boycott. Et qu’à partir de cet énième scrutin truqué, et dont le régime a confisqué le résultat réel comme en 1998, ceux qui sont si convaincus que « l’on ne boycotte pas les élections », ou que « le boycott n’affaiblit pas le régime » doivent pouvoir réviser leur position.

Les élections ne sont pas une fin en soi. L’objectif de la lutte que nous menons n’est pas d’apprendre comment on vote, ni d’amener le régime à tricher. Nous savons mettre un bulletin de vote dans une boîte. Et nous avons dans le pays des compétences qui sont capables de penser et d’organiser de vraies élections, des élections démocratiques dans le respect de la souveraineté nationale et de la dignité des Togolais. Par ailleurs, nous n’avons plus besoin aujourd’hui d’aller voter avant de faire la preuve que le régime RPT triche tout le temps. 1993, 1996, 1998, 1999 n’ont jamais été que des fraudes scandaleuses. Dans tous les cas, l’objectif d’une opposition qui va aux urnes n’est pas de prouver qu’il y a fraude, mais de gagner.

Ce qui se passe au Togo est extrêmement curieux. L’objectif déclaré de la lutte de l’opposition est de mettre fin au régime. Tout le monde le répète au sein de l’opposition. On a estimé que c’est par les élections qu’il faut le faire. Soit. Mais tout le monde sait dans le pays et à l’extérieur qu’en raison des dispositions constitutionnelles et réglementaires prises par le régime, Eyadema se fera proclamer vainqueur des présidentielles, même s’il n’a qu’une seule voix, la sienne.

Et pourtant, 7 partis d’opposition sur 9 appellent la population à aller voter massivement, de la même manière que le fait le régime ; au lieu d’appeler à une organisation massive des Togolais pour s’opposer aux lois scélérates qui permettent au régime de ne même plus être obligé de faire un coup de force électoral, et de se faire donc reconduire automatiquement par des urnes biaisées. Et non seulement l’on ne veut pas entendre parler de boycott, on crie haro sur ceux qui le préconisent. N’y a-t-il pas là quelque chose qu’il faut essayer de comprendre dans cette situation?

Si je veux la fin du régime despotique, comment vais-je aller voter en sachant que les élections sont organisées pour que le candidat du régime dont je veux la fin se fasse proclamer vainqueur en dépit du résultat réel ? Et comment vais-je aller voter en sachant en plus que le régime de dictature et tous ceux qui le soutiennent exploiteront ma participation pour proclamer que les élections ont été démocratiques, alors qu’elles ne le sont pas ?

Si la CDPA-BT a demandé à ses membres de boycotter les élections, c’est parce que par son analyse de la situation, elle sait que Eyadema sortirait de l’urne bétonnée égal à lui-même, et que les partis d’opposition, sans distinction, ne pourront rien faire. Et ils ne pourront rien faire précisément parce qu’ils n’ont pas organisé la population pour qu’elle soit capable d’exercer quelle que pression politique que ce soit sur le régime. Dans ces conditions, participer aux élections, c’est contribuer à prolonger la vie du régime. C’est pour les mêmes raisons que la CDPA-BT a mis en garde ceux qui se préparaient à aller voter, en les mettant devant leurs responsabilités.

Les partis politiques qui ont appelé la population à aller massivement voter savent bien, eux aussi, que Eyadema ressortirait de l’urne, égal à lui-même. Pourquoi sont-ils donc allés à ces élections ? Juste pour se mesurer entre eux afin que l’on sache qui est le plus grand parmi eux ? Pour la CDPA-BT, le plus important dans la lutte en cours n’est pas de savoir que tel parti d’opposition est plus grand que tel autre, ni que tel leader est plus grand que tous les autres. Ce n’est pas le nombre de voix recueillies par chaque parti d’opposition aux élections organisées par le régime pour se maintenir au pouvoir qui importe dans la situation présente. Ce qui importe, c’est la fin du régime de dictature, et donc une politique d’opposition juste, c’est-à-dire celle qui peut permettre aux Togolais de mettre fin à ce régime.

Nous réaffirmons donc ceci : Ce que l’opposition aurait dû faire n’est pas d’aller à cette mascarade électorale, mais de mobiliser la population pour une lutte efficace contre la modification de la constitution, contre le code électoral manipulé et contre toutes les autres dispositions qui enlèvent aux élections toutes leurs significations positives. C’est ce que nous appelons le boycott actif et constructif. Et ce n’est pas la première fois que nous le disons. C’est ce boycott actif et constructif que notre parti s’est efforcé de faire au cours de la campagne électorale avec les moyens dont il dispose.

5- Le boycott, oui. Mais seule la force…

L’avant dernière catégorie de réactions est celle qui approuve la position de la CDPA-BT, mais estime qu’on ne peut mettre fin au régime que par la force.

Le mouvement démocratique avait finit par s’imposer aux dictatures néocoloniales à partir des années 80-90. Il est vrai que les forces conservatrices ont réussi à récupérer le mouvement, à la dévoyer autant que possible et à le détourner de ses objectifs. Et elles ont fait des élections un moyen de maintenir le statut quo en s’efforçant de faire déboucher les processus électoraux sur des «démocraties apaisées». L’horizon démocratique s’en est trouvé ainsi totalement bloqué, tout comme au lendemain des pseudos indépendances des années 60. Cette nouvelle situation a poussé une frange de la population au désespoir, et lui fait apparaître désormais la force armée comme le seul moyen pour venir à bout des régimes d’oppression qui subsistent ou renaissent sur le continent. Le coup d’Etat récent en Centrafrique le prouve bien, de même que la récente tentative de coup de force en Mauritanie. Il en est de même de la situation au Libéria et même au Tchad…

Nous respectons donc les points de vue de ceux qui pensent que seule la force armée peut permettre de résoudre le problème togolais, comme nous respectons les autres points de vue. Mais à la CDPA-BT, nous pensons que la lutte politique n’a pas encore épuisé toutes ses possibilités au Togo. Il reste encore des espaces possibles d’actions politiques. L’opposition peut et doit exploiter ces possibilités pour élever le niveau d’organisation politique de la population.

Le grand problème de l’opposition togolaise est l’état du rapport des forces. Il est largement en sa défaveur. Seule une meilleure organisation politique de la population peut permettre de commencer à renverser le rapport des forces en faveur de l’opposition démocratique. C’est à cette tâche d’organisation politique qu’il faut s’atteler plus que jamais. Sans doute, la nouvelle situation créée par les élections du 1er juin rend-elle cette tâche encore plus difficile qu’avant. Et il est possible que sa réalisation devienne de plus en plus difficile au cours des années à venir. Mais c’est un préalable absolu à tout. Et on ne peut s’y déroger.

6- Merci à ceux qui approuvent les positions de la CDPA-BT. Mais…

Enfin la dernière catégorie de réactions est celle dont les auteurs approuvent sans réserve les positions de la CDPA-BT et encourage le parti à continuer dans ce sens.

Nous en sommes heureux. Mais nous soulignons une fois de plus que la lutte pour la démocratie n’est ni le lot, ni l’apanage de quelques leaders, si grands soient-ils, ou même s’ils ont des idées excellentes. La lutte concerne tous ceux qui aspirent au changement du système politique dans le pays. Plus cette lutte est massive, plus elle a la chance d’aboutir, et d’aboutir plus vite qu’on ne le croit.

En conséquence, la CDPA-BT demande à tous ceux qui estiment que la lutte pour la démocratie doit se poursuivre, de descendre dans l’arène pour apporter chacun sa contribution active, si minime soit-elle, et dans un cadre organisé pour plus d’efficacité.

Fait à Lomé, le 23 juin 2003

 

Pour la CDPA-BT

Le Premier Secrétaire

Prof. E. Gu-Konu

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